Dans notre société « hyper-sexualisée », où les images et les messages à tendance pornographique ont envahi nos écran, nos kiosques à journaux et les murs du métro, le fait de décider consciemment, et en toute liberté, de vivre des périodes d’abstinence sexuelle avec son conjoint, parait totalement farfelu, et même limite masochiste !

Alors, quelles peuvent bien être les motivations profondes de tels couples ? Sans entrer dans des considérations religieuses, se peut-il que la continence périodique puisse avoir des conséquences positives sur l’amour ???

Un premier constat : tous les couples passent forcément par des périodes de continence « subie », qui peuvent être plus ou moins longues (déplacement professionnel, maladie, maternité, circonstances particulières…), mais qui ne posent pas spécialement de problème, puisqu’aucun des deux protagonistes du couple n’y peut rien. « On fait avec ». Le malentendu naît du fait que progressivement, notre société est passée d’un esprit janséniste où la sexualité était vue comme dégradante, bestiale et tout juste acceptable pour avoir des enfants, à une mentalité de « dictature du plaisir », où « il faut jouir, et vite, et le plus souvent possible » ! Dans ce contexte, on voit mal comment le choix de la continence périodique peut se justifier !

Nous pourrions oser une comparaison : « la continence périodique est au sexe, ce que la gastronomie est à la nourriture ». Les véritables gourmets ne sont pas des boulimiques, mais des personnes qui apprécient les bonnes choses, en quantité raisonnable, et à leur juste mesure. Ils y mettent les formes, se préparent au festin, soignent les détails, ne brusquent pas la nature, respectent les saisons, bref, tout un tas d’analogies avec le don des corps sont possibles !

Mais il n’y a pas que cela !

Vivre la continence périodique repose déjà sur un principe qui est celui du SENS : si on observe des périodes de continence simplement dans le but « d’éviter les excès », alors on se retrouve bien vite dans l’impasse. Il faut avant tout donner du sens à ce choix. Or, les couples qui observent les périodes de continence savent très bien POURQUOI ils le font : parce qu’ils ont décidé de « soumettre »  leur vie sexuelle au rythme naturel de la fécondité de la femme, et à leurs projets de devenir parents ou non à tel ou tel moment de leur vie de couple. C’est pourquoi la dimension profonde de l’ouverture à la vie se pose toujours en filigrane de leurs unions, même si cela reste au niveau symbolique lors des périodes infécondes du cycle.

 Par le suivi rigoureux des périodes du cycle féminin, le couple HUMANISE progressivement sa relation. Il sort d’une sexualité soumise à des pulsions et des désirs incontrôlés à une maitrise progressive de son désir, à une ré-orientation de toute sa sexualité. L’homme devient peu à peu plus attentif à sa femme : sa physiologie, qui influence très profondément sa psychologie et son désir, va ainsi VIRILISER son compagnon, dans le sens le plus noble. L’homme, pour sa plus grande joie, devient capable de différer l’accomplissement de son désir d’union sexuelle. Il constate combien sa femme le désire en période féconde, et combien il doit alors être celui qui va prendre le recul nécessaire pour tempérer les ardeurs de son épouse ! Et celle-ci, constatant que son époux la désire également, mais veut attendre les jours inféconds du cycle, par respect et par amour pour elle,( et parce qu’ils ont décidé qu’ils devaient différer l’arrivée éventuelle d’un enfant) va se sentir profondément rejointe. La relation s’enrichit alors progressivement. Pour une femme, savoir que son homme est prêt à l’attendre, pouvoir compter sur son soutien, savoir qu’il ne lui en veut pas de devoir différer une union sont autant de marques d’amour et d’attention qui font vraiment la différence !

Mais vivre la continence n’est pas toujours facile ! Parfois, il peut être particulièrement ardu de continuer dans ce choix-là. Mais il y a toujours beaucoup de fruits lorsqu’un couple surmonte ensemble ces difficultés, s’appuyant sur un dialogue de plus en plus confiant et solide, sachant exprimer les besoins et frustrations de chacun, et sachant collaborer ensemble pour atteindre l’objectif qu’ils se sont fixé. Au lieu de nuire à l’amour, ces périodes viennent au contraire le renforcer. Le soutien des foyers moniteurs peut aussi être très fort dans ces cas-là.

Ce qui est certain, c’est qu’il existe une différence énorme entre une situation (par exemple sous contraception) où la femme fait comprendre à son mari, qui la désire ardemment et de manière plus ou moins brutale ou tendre, qu’elle est fatiguée, qu’elle « a la migraine », ou tout simplement lui fait la tête et refuse toute union sexuelle « sans autre forme de procès », et donc sans raison explicite ; et une situation où les deux éprouvent un grand désir d’union, et savent se le dire, se le signifier, y mettre les gestes de tendresse et d’érotisme qu’ils estiment justes, et pourtant renoncer à une union sexuelle, car le couple a opté pour la continence à ce moment-là pour des raisons précises et légitimes. Il s’agit alors de maîtriser sa sexualité, pour reporter à plus tard les retrouvailles, ô combien réjouissantes, de son bien-aimé !